Le dieu est intelligible

(poèmes en marge de Julien l’Apostat) I Phalaris Tu prétends haïr les ténèbres, mais tu ne supportes pas la vérité. L’obscurité te dissimule aux autres et à toi-même. Tu t’y réfugies, tu n’aimes rien tant que la caverne, loin du soleil.*Les ténèbres sont bonnes pour toi. Elles sont si froides que leur engourdissement est agréable, agréable l’enfouissement, l’enfermement. Dans les ténèbres, les dieux t’épargnent la … Continuer de lire Le dieu est intelligible

Procope

Lorsque nous chroniquions les campagnes vandales Et la Guerre Gothique enflammant l’Italie –Ont-elles jamais pris fin, Basileus?–, Qu’étions-nous, sinon des épigones, Pâles reflets de nos aïeux: Ceux de l’Ionie, Ceux du Péloponnèse, Morts, noyés dans le flot vert, Galères éventrées; Sombrant, clamant encore Athènes, l’Empire, –cette illusion–, L’Empire de la mer… Basileus, le jour décline, Leurs paroles n’ont guère de sens. Nous ramassons, épars, Des … Continuer de lire Procope

Sthénélos

L’île qui m’enferme gémit sous le fouet d’un perpétuel orage. Deux mâchoires semblent se refermer incessamment sur elle : les nuages bas qui ferment l’horizon, et les flots noirs qui hurlent sur la côte. Nature monstrueuse, elle est ta proie !             Rien ou presque n’y pousse : l’herbe est rare, et le jour ne se lève jamais sur quelques arbres gris. Errant comme une forme vide, je … Continuer de lire Sthénélos

Entre les Muses et les atomes de Démocrite

Les Maîtres contemplèrent la ville, un instant, il y a des siècles. * Un enfant joue, assis par terre, seul, parmi les mânes. * L’esprit familier s’est réveillé ; il émerge de limbes féroces, peuplées de combien de cruautés. Il s’en vient par des chemins de lui seul connus ; il est là. Mes courages sont usés. Rien ne le repousse. * Venez en procession, accourez pour … Continuer de lire Entre les Muses et les atomes de Démocrite

Ils ont trahi les dieux

Leurs théâtres me dégoûtent ; ils aiment les danseurs, les mimes et les courses de chars, et tous les spectacles qui réjouissent le cœur de la populace. Voici que les curiales s’allongent et s’apprêtent pour le festin, quand le maître du monde couche à même le sol et ne mange rien qu’un peu de pain. Ils ont déserté les sanctuaires : le matin est voué … Continuer de lire Ils ont trahi les dieux

Le Fils

1. Trauma Je suis le prisonnier d’une étrange obsession. Et bien que je voie mes fers, leur nature m’échappe. Et bien qu’ils soient souvent près de céder, à force d’usure après toutes ces longues années, je ne peux m’en libérer. Car au milieu de mes efforts, au moment où la torsion de mes poignets fait enfin jouer le vieil écrou, voici que tout disparait autour … Continuer de lire Le Fils

The Hideous drunkard

(Labyrinthe) Le vieillard à la bouche tordue Etendu sur le bas-côté Une épaule sur l’asphalte, un pied dans le ruisseau C’est l’ivrogne que les Moires ont choisi. « Ne t’approche donc pas si près » murmure la voix du sage, La main paternelle serrée dans la mienne. « Reste au loin et contemple » : Son pantalon taché Baigne deux fois dans le même fleuve, Héraclite ! Autour, c’est … Continuer de lire The Hideous drunkard

Perception invalide

Nous sommes-nous jamais aimés ? Je te le demande, à toi, et au vague souvenir du soir. Car pour moi, si je le jurais, je n’en ai jamais été bien sûr. J’ai joué sur des probabilités, et gagé l’avenir. En cela, comme en toutes choses, semble-t-il, la certitude m’échappe. Rage, impuissance, agonie de ne connaître rien en dehors de soi-même. * Les sens même vivent … Continuer de lire Perception invalide

Phalaris

Tu prétends haïr les ténèbres, mais tu ne supportes pas la vérité. L’obscurité te dissimule aux autres et à toi-même. Tu t’y réfugies, tu n’aimes rien tant que la caverne, loin du soleil. * Les ténèbres sont bonnes pour toi. Elles sont si froides que leur engourdissement est agréable, agréable l’enfouissement, l’enfermement. Dans les ténèbres, les dieux t’épargnent la contemplation de toi-même. * Quand tu … Continuer de lire Phalaris