Leurs théâtres me dégoûtent ; ils aiment les danseurs, les mimes et les courses de chars, et tous les spectacles qui réjouissent le cœur de la populace. Voici que les curiales s’allongent et s’apprêtent pour le festin, quand le maître du monde couche à même le sol et ne mange rien qu’un peu de pain.
Ils ont déserté les sanctuaires : le matin est voué au sommeil de l’orgie ; nobles et saltimbanques dorment pêle-mêle, vautrés parmi les débris du repas et les coupes brisées dans l’ivresse de la nuit. Le jongleur essuie le fard de ses joues sur la toge du philosophe effondré.
–Tu ronfles sénateur !
La joueuse de flûte se dégage des bras de ses amants. Le procurateur la laisse partir et ne retient que le coiffeur, qui se recouche.
–Mes bras sont-ils bien épilés ? Et mon torse ? N’est-ce pas l’ivoire délicat d’une poitrine adolescente ?
–Ton gros ventre, questeur, ferait honte à un boucher de Suburre !
–Eh, philosophe, la barbe dégoûte l’éphèbe !
–Oui, mais j’ai une bague à chaque doigt.
Ils ont trahi les dieux, ces vieillards parfumés dont le regard s’allume devant le citharède. L’Incontinence marche au bras de Jésus le Nazaréen, et la Luxure se pend à son cou.
