Dans cette série de cinq conférences prononcées en 1947, Georges Bernanos livre son analyse du monde de l’après-guerre, pris entre l’horreur du nazisme, le totalitarisme soviétique et la peur de l’apocalypse nucléaire. Cherchant à remonter aux causes de ces phénomènes, Bernanos blâme la civilisation technique, issue de la révolution industrielle, qui imposa d’un coup la domination de la finance et des machines. Il y a un côté Terminator dans ces textes, où le conférencier facétieux imagine l’épitaphe de l’humanité : « La civilisation humaine suivait son cours, mais les machines l’envahirent, s’y multiplièrent et finalement la détruisirent. » Il convoque également le testament d’H.G. Wells, dont le propos semble plus actuel que jamais : « Nous sommes en retard de cent ans sur nos inventions, cet écart ne fera que croître. » Ce qui frappe dans ces essais, c’est donc la permanence des problèmes technologiques, économiques, politiques et sociaux auxquels le monde est confronté, qui fait de Bernanos, de manière assez inattendue, un de nos contemporains. Là où il s’éloigne de nous, en revanche, c’est dans les réponses qu’il souhaîte apporter à la crise. Car dans ce panorama brossé à grands traits, l’Union Soviétique, l’Amérique, l’Allemagne et l’Angleterre sont renvoyées dos à dos. L’URSS montre le totalitarisme machiniste en voie de réalisation ; les trusts américains sont l’anti-chambre d’une dictature économique tentaculaire; l’Allemagne est non seulement le pays du nazisme, mais celui des systèmes philosophiques totalisants et aliénants, de Marx et de Hegel ; quant à l’Angleterre, elle est la première coupable de ce materialisme et de ce scientisme, qui ont déspiritualisé l’homme. Il appartient donc à la France, essentialisée en patrie éternelle de la Liberté et de la Chrétienté, de sauver le monde. A tout prendre, on relira plutôt Sous le soleil de Satan.
